Un grand nombre de thèmes classiques encore en production aujourd’hui n’a jamais adopté le fichier theme.json, stabilisé depuis WordPress 5.8 en juillet 2021. Ce constat surprend souvent une personne qui découvre le sujet : theme.json a plus de quatre ans d’existence stable, et pourtant son absence sur un thème récent ne relève pas systématiquement d’un simple retard de mise à jour.
Comprendre pourquoi nécessite de revenir sur ce que ce fichier règle réellement, et sur ce qu’il n’apporte pas à un thème qui ne s’appuie pas sur l’éditeur de site.
Définition : ce que theme.json déclare précisément
theme.json est un fichier de configuration, au format JSON, placé à la racine d’un thème, qui centralise les réglages liés à l’éditeur de blocs : palette de couleurs disponible, tailles de police proposées, espacements autorisés, activation ou non de certains contrôles pour l’utilisateur. Il ne remplace pas style.css, qui reste l’en-tête obligatoire de tout thème WordPress, et il ne définit pas la logique de gabarits d’un thème classique fondée sur la hiérarchie de templates PHP.
Fonctionnement interne : un fichier lu par l’éditeur, pas par le rendu public
Sur un thème classique qui ne déclare aucun support des blocs au-delà du strict minimum, theme.json agit principalement sur l’expérience d’édition : les couleurs et tailles proposées dans les contrôles de blocs, la génération de classes utilitaires CSS correspondantes. Or un thème classique ancien construit sa mise en page avec des gabarits PHP et une feuille de style propre, sans dépendre des classes générées par ce fichier. Ajouter theme.json sans revoir ces gabarits produit alors un fichier de configuration en grande partie ignoré du rendu final, ce qui explique pourquoi certaines équipes ont jugé son adoption sans intérêt immédiat.

Cas d’usage : quand l’absence de theme.json reste un choix cohérent
- Un thème classique dont le contenu passe rarement par l’éditeur de blocs, par exemple un site alimenté principalement par un constructeur de pages tiers.
- Un thème dont le client ne modifie jamais lui-même les couleurs ou les tailles de police depuis l’interface d’administration.
- Un projet en fin de vie, déjà en maintenance minimale, où toute modification structurelle représente un risque disproportionné par rapport au bénéfice attendu.
Dans ces trois cas, l’absence de theme.json ne traduit pas un retard technique, mais une adéquation entre l’usage réel du site et l’architecture retenue.
Les pièges d’une adoption partielle, sans réelle intention hybride
Le principal piège consiste à ajouter theme.json pour « suivre les standards », sans revoir les gabarits ni les feuilles de style existantes. Ce demi-mesure crée deux systèmes de vérité qui coexistent mal : les couleurs déclarées dans theme.json pour l’éditeur ne correspondent plus forcément à celles réellement utilisées côté public, définies séparément dans une feuille de style historique. Ce décalage produit une expérience d’édition trompeuse, où l’utilisateur choisit une couleur dans l’éditeur qui ne reflète pas fidèlement le rendu final.
Adopter theme.json sans revoir la logique de gabarits d’un thème classique ajoute une couche de configuration sans en tirer le bénéfice attendu : mieux vaut alors l’ignorer complètement que l’adopter à moitié.
Le vrai critère de décision
La question à poser n’est pas « ce thème est-il à jour avec les standards actuels ? » mais « les utilisateurs de ce site ont-ils besoin des contrôles que theme.json apporte à l’éditeur de blocs ? ». Si la réponse est non, parce que le contenu est structuré autrement ou que les personnalisations visuelles ne passent jamais par l’éditeur natif, l’absence de ce fichier ne constitue pas un manque, mais une cohérence avec l’usage réel du site.
Ce qu’il faut retenir
L’absence de theme.json sur un thème classique encore actif ne signale pas automatiquement un projet à la traîne : elle peut refléter un choix cohérent avec la manière dont le contenu est réellement produit. La question pertinente porte moins sur l’ancienneté du thème que sur l’usage effectif de l’éditeur de blocs par les personnes qui rédigent le contenu du site au quotidien.