Cinq années de thèmes blocs livrés en production, depuis les tout premiers projets sur WordPress 5.9 début 2022 jusqu’aux thèmes les plus récents pensés pour la version 7.0 à venir : ce recul suffit désormais pour distinguer les choix d’architecture theme.json qui ont bien vieilli de ceux qui, motivés par des contraintes aujourd’hui disparues, mériteraient d’être abandonnés sur les prochains projets. Ce billet ne propose ni un tutoriel de création de thème bloc, ni un comparatif de thèmes du marché : c’est un bilan critique, assumé, sur des choix concrets faits et vécus en production.
La tentation, face à cinq ans de recul, serait de tout réécrire depuis zéro « avec ce qu’on sait maintenant ». Ce n’est pas la conclusion de ce bilan. Certains choix anciens restent solides précisément parce qu’ils reposaient sur des principes durables plutôt que sur les limitations techniques du moment.
Ce qui a bien vieilli : une granularité de presets modeste
Sur les tout premiers thèmes blocs, dès 2022, le choix a été fait de limiter volontairement le nombre de presets de couleurs et d’espacements à ce qui était réellement utilisé par la charte graphique du client, plutôt que de générer une échelle générique et exhaustive « au cas où ». Ce choix, qui pouvait sembler restrictif à l’époque face à des thèmes concurrents proposant des dizaines de nuances, s’avère aujourd’hui être l’un des meilleurs pris sur cette période.
{
"settings": {
"color": {
"palette": [
{ "slug": "primaire", "color": "#0f4c81", "name": "Bleu principal" },
{ "slug": "secondaire", "color": "#f4a300", "name": "Orange secondaire" },
{ "slug": "neutre-fonce", "color": "#1a1a1a", "name": "Texte" },
{ "slug": "neutre-clair", "color": "#f7f7f7", "name": "Fond clair" }
],
"custom": false
}
}
}
Quatre couleurs, pas quinze. Cette discipline a considérablement simplifié la formation des équipes éditoriales des clients, qui ne se retrouvent jamais face à un sélecteur de couleurs interminable dans l’éditeur de blocs. Le choix inverse, observé sur des thèmes concurrents audités depuis, génère une confusion durable côté rédacteurs.
Ce qu’on ne referait plus : la sur-verrouillage des templates
À l’inverse, un choix qui semblait prudent en 2022 — verrouiller systématiquement tous les templates via templateLock pour empêcher toute modification par les équipes éditoriales — s’est révélé excessif à l’usage. Motivé par la crainte que des utilisateurs peu formés à l’éditeur de site ne cassent la mise en page, ce verrouillage total a fini par frustrer des équipes devenues, avec le temps, largement autonomes sur l’éditeur de blocs.
Le contexte qui a changé
En 2022, l’éditeur de site sortait tout juste avec WordPress 5.9 et restait déroutant pour la plupart des équipes éditoriales, habituées au Customizer classique. Ce contexte justifiait une prudence forte. Cinq ans plus tard, l’éditeur de blocs fait partie du quotidien de la majorité des rédacteurs web, et un verrouillage aussi strict devient une contrainte sans bénéfice réel — d’autant que WordPress propose désormais des niveaux de verrouillage plus fins, contenu par contenu, plutôt que templates entiers figés.

Un choix mitigé : l’abandon précoce du thème hybride
Plusieurs projets entre 2022 et 2023 ont fait le choix d’un passage direct et complet au thème bloc, sans phase hybride combinant thème classique et theme.json. Sur des projets à budget confortable et calendrier détendu, ce choix s’est révélé pertinent. Sur des projets contraints en temps, il a généré des retards, faute d’équivalent bloc mature pour certaines fonctionnalités à l’époque encore jeunes de l’écosystème.
| Contexte projet | Passage direct au bloc | Phase hybride recommandée |
|---|---|---|
| Budget confortable, calendrier souple | Pertinent | Non nécessaire |
| Délai serré, fonctionnalités complexes | Risqué | Plus sûr |
| Équipe éditoriale déjà formée aux blocs | Pertinent | Superflu |
Ce qui reste incertain, même avec le recul
Certains choix ne peuvent pas encore être jugés définitivement. L’adoption progressive de l’API Interactivity depuis sa stabilisation en 2024, par exemple, reste en cours d’évaluation sur les projets les plus récents : le recul manque encore pour savoir si les patterns interactifs construits avec cette API vieilliront aussi bien que les presets de couleurs modestes adoptés dès 2022.
Un bilan honnête distingue toujours ce qui a été validé par le temps de ce qui reste, même après plusieurs années, une hypothèse encore en observation. Confondre les deux mène à une confiance mal placée dans des choix récents.
Notion à retenir
Cinq ans de thèmes blocs en production enseignent moins une liste de règles absolues qu’une méthode de jugement : les choix qui reposent sur une discipline durable — comme limiter les presets à l’usage réel — vieillissent bien ; ceux qui répondaient à une contrainte technique ou à une méfiance ponctuelle envers l’éditeur méritent d’être révisés dès que le contexte qui les justifiait a disparu.