Un site associatif qui reçoit dix visiteurs un mardi et cinq cents le jour d’un événement local : ce trafic en dents de scie a longtemps posé un problème simple à énoncer mais coûteux à résoudre pour un réseau de 200 sites de petites associations hébergées sur une infrastructure mutualisée. Un cache d’objets Redis local, dimensionné pour un usage moyen, expulsait régulièrement des entrées utiles faute de mémoire disponible, avant même qu’elles n’aient eu le temps de servir plusieurs fois.
Cloudflare Cache Reserve, un espace de stockage longue durée adossé à R2, promettait de conserver les objets mis en cache bien au-delà de la durée de vie habituelle d’un cache d’edge classique, sans les limites de mémoire d’un cache local. Le test comparatif a porté sur cinquante sites représentatifs du réseau, avec Cache Reserve activé sur la moitié et un cache Redis local optimisé sur l’autre.
Le problème du trafic irrégulier pour un cache classique
Un cache d’objets Redis local fonctionne par éviction : quand la mémoire allouée est pleine, les entrées les moins récemment utilisées sont supprimées pour faire de la place aux nouvelles. Sur un site à trafic stable, ce mécanisme fonctionne bien, car les pages populaires restent régulièrement sollicitées et ne sont jamais évincées longtemps. Sur un site associatif qui reste silencieux plusieurs semaines puis reçoit un pic ponctuel, les entrées de cache accumulées pendant la période calme sont souvent expulsées par d’autres sites du même serveur mutualisé avant même d’avoir eu l’occasion de resservir.
Le résultat mesuré sur l’échantillon en cache local seul : un taux de succès de 61 %, avec une variance importante selon les sites, certains descendant sous 40 % lors des pics d’affluence, précisément le moment où un cache efficace compte le plus.

Ce que Cache Reserve change structurellement
Cache Reserve ne dépend pas de la mémoire vive d’un serveur partagé : les objets mis en cache sont stockés sur un espace dédié à durée de vie longue, sans pression d’éviction liée aux autres sites du même serveur. Un objet mis en cache pour un site resté silencieux trois semaines reste disponible à l’identique lors du pic suivant, sans avoir été expulsé par le trafic d’un site voisin.
| Indicateur | Cache local Redis | Cloudflare Cache Reserve |
|---|---|---|
| Taux de succès global | 61 % | 89 % |
| Taux de succès en pic d’affluence | 40 à 55 % | 85 à 92 % |
| Coût mensuel pour 50 sites | inclus (infrastructure existante) | environ 0,04 € par Go stocké |
| Dépendance | mémoire du serveur mutualisé | abonnement Cloudflare, plan compatible |
Le coût réel, souvent sous-estimé
Le tarif de Cache Reserve, facturé au volume stocké plutôt qu’au nombre de requêtes servies, s’est révélé dérisoire à l’échelle de ce réseau associatif : quelques centimes par site et par mois pour la majorité des cas, l’essentiel du volume stocké restant les ressources statiques (images, CSS, JS) qui changent peu dans le temps. Le coût total pour l’ensemble du réseau de 200 sites restait inférieur au coût d’une seule intervention manuelle mensuelle de purge et de réglage du cache local.
- Cache Reserve ne remplace pas le cache d’edge classique de Cloudflare : il vient s’ajouter comme second niveau, pour les objets qui dépassent la durée de vie du cache standard.
- La mise en place ne demande aucune modification du thème ou des plugins WordPress : elle se configure entièrement côté Cloudflare.
- Le cache local Redis garde un rôle complémentaire pour les données dynamiques (transients, requêtes de base de données), que Cache Reserve ne couvre pas.
Ce que Cache Reserve ne résout pas
Cache Reserve conserve ce qui a déjà été mis en cache une première fois. Il ne remplace jamais un cache de page correctement configuré à la source, ni un cache d’objets pour les requêtes SQL répétitives.
Sur les sites où le cache de page lui-même était mal configuré, avec des règles d’exclusion trop larges qui empêchaient certaines pages d’être mises en cache dès le départ, Cache Reserve n’apportait aucune amélioration : on ne peut pas réserver ce qui n’a jamais été mis en cache une première fois. Le chantier de correction du cache de page est resté un préalable indispensable sur une quinzaine de sites du réseau.
Notre verdict
Pour un réseau de sites à trafic irrégulier et à budget contraint, Cache Reserve a apporté un gain de stabilité que le réglage manuel du cache local ne pouvait pas offrir à ce niveau de coût. La bascule complète du réseau vers Cache Reserve a été validée après ce test, en conservant le cache Redis local pour son rôle propre sur les données dynamiques, les deux mécanismes se complétant plutôt que de se remplacer.