Un client, éditeur d’une plateforme de formation en ligne destinée notamment à un public malvoyant, a demandé explicitement à viser le niveau AAA de WCAG 2.2, au-delà des exigences du RGAA qui couvrent le niveau AA. La demande partait d’une bonne intention, mais elle méritait d’être cadrée : le niveau AAA n’est pas un RGAA « en plus strict », c’est un référentiel aux exigences parfois incompatibles avec un usage grand public.
Ce comparatif détaille ce que le niveau AAA exige réellement au-delà du RGAA, critère par critère, et pourquoi le W3C lui-même déconseille de l’appliquer intégralement à un site généraliste.
Le RGAA s’arrête où le AA s’arrête
Le RGAA, référentiel français, est construit pour couvrir le niveau AA des WCAG, avec quelques adaptations réglementaires propres au contexte français. Un site déclaré conforme RGAA satisfait donc, dans les grandes lignes, le niveau AA — mais rien de plus. Passer au niveau AAA suppose d’aller chercher des critères qui ne figurent dans aucune grille RGAA classique.
Le tableau des écarts principaux

| Exigence | Niveau AA (RGAA) | Niveau AAA (WCAG 2.2) |
|---|---|---|
| Contraste du texte courant | 4,5:1 minimum | 7:1 minimum |
| Contraste du grand texte | 3:1 minimum | 4,5:1 minimum |
| Langue des passages | Langue principale identifiée | Identification recommandée pour chaque changement, même bref |
| Absence de minuterie | Contrôle possible de la minuterie | Aucune limite de temps, sauf exceptions strictes |
| Aide contextuelle | Non exigée systématiquement | Aide disponible sur chaque page (critère 3.3.5) |
Le contraste, l’écart le plus concret
Le passage de 4,5:1 à 7:1 sur le texte courant est l’exigence qui a le plus d’impact visuel immédiat. Une palette de couleurs validée en RGAA doit souvent être resserrée davantage pour atteindre ce seuil, ce qui réduit la marge de manœuvre créative — gris moyens et teintes pastel utilisés en texte courant deviennent quasiment impossibles à conserver.
Des critères AAA que le W3C déconseille lui-même
Point souvent ignoré : la documentation des WCAG précise explicitement que le niveau AAA n’est pas recommandé comme exigence générale pour l’ensemble d’un site, certains critères étant impossibles à satisfaire pour certains types de contenu sans en dénaturer le sens. Le critère sur l’absence totale de minuterie, par exemple, entre directement en conflit avec des mécanismes de sécurité comme l’expiration de session, difficilement compressibles pour certains services sensibles.
Le cas de la langue des passages
Le critère 3.1.6, qui demande d’identifier la langue de chaque passage même bref (une citation en anglais dans un texte français, par exemple), est techniquement réalisable mais demande une discipline éditoriale rarement tenable à grande échelle sur un site à forte production de contenu.
Ce qui reste raisonnable à viser
Certains critères AAA restent parfaitement accessibles sans bouleverser le projet, même sans viser une conformité complète :
- Le contraste renforcé à 7:1 sur les zones de contenu les plus critiques (formulaires, messages d’erreur)
- L’aide contextuelle disponible de façon cohérente sur chaque page
- Des liens dont l’intitulé reste compréhensible hors contexte, sans dépendre du paragraphe environnant
Viser le niveau AAA dans son intégralité relève rarement d’un choix éclairé. Choisir trois ou quatre critères AAA pertinents pour son audience, en plus d’un socle RGAA solide, produit un résultat bien plus robuste.
Notre verdict
Pour ce client, la recommandation finale n’a pas été de viser une conformité AAA globale, jugée contre-productive et coûteuse pour un bénéfice marginal sur certains critères. La solution retenue combine un RGAA solide sur l’ensemble du site avec un contraste renforcé à 7:1 spécifiquement sur les contenus pédagogiques, là où l’audience malvoyante en tire le bénéfice le plus direct.