Six titres de niveau 2 organisaient l’article source, chacun correspondant à une section distincte du sujet traité. Le résumé généré automatiquement à partir de ce même article, lui, ne comportait aucun titre : quatre paragraphes de texte continu, dense, sans aucune structure de navigation.
Ce cas a été observé sur un site éditorial qui propose désormais, en complément de chaque article long, une version résumée générée par un outil d’intelligence artificielle intégré au tableau de bord de publication. L’intention est louable : offrir une lecture rapide à qui manque de temps. Le résultat, sans vérification, produit un contenu qui perd une bonne partie de sa navigabilité pour les personnes qui utilisent un lecteur d’écran.
Ce qu’on observe concrètement
Le contenu source, rédigé dans l’éditeur de blocs avec une hiérarchie de titres cohérente, permet à un utilisateur de lecteur d’écran de naviguer directement d’une section à l’autre via la liste des titres, un usage extrêmement courant chez les utilisateurs expérimentés de NVDA ou de JAWS. Le résumé généré, une fois publié dans un nouveau bloc de paragraphe unique, ne conserve rien de cette structure :
- Les six sections thématiques de l’article sont fondues en un seul bloc de texte continu.
- Les listes à puces présentes dans l’original, qui aidaient à repérer des points clés, disparaissent au profit de phrases enchaînées par des virgules.
- Aucun repère de navigation ne subsiste entre le résumé et l’article complet, empêchant de sauter directement à la section développée correspondante.
Pourquoi ce n’est pas un simple détail de mise en forme
La hiérarchie de titres n’est pas un habillage graphique, elle constitue un mode de navigation à part entière pour une personne aveugle : elle permet de se faire une idée du plan d’un contenu avant de décider quelle section lire en détail, exactement comme une personne voyante parcourt visuellement une table des matières ou des intertitres en gras. Un résumé plat prive cette personne de ce survol, la forçant à écouter l’intégralité du texte de synthèse du début à la fin pour savoir s’il contient l’information recherchée.

Vérifier avant publication : trois points de contrôle
Le correctif ne consiste pas à renoncer aux résumés automatiques, mais à ajouter une étape de vérification systématique avant publication :
- Le résumé doit conserver au minimum deux niveaux de titres si l’article source en comporte plusieurs, même de façon plus condensée qu’en version longue.
- Toute liste à puces porteuse d’une énumération réelle dans l’original (étapes, critères, avantages) doit rester une liste dans le résumé, pas une phrase agglomérée.
- Un lien de retour vers la section développée correspondante, quand cela a du sens, restitue une partie de la navigabilité perdue.
<h2>Ce qu'il faut retenir</h2>
<ul>
<li>Point clé un, développé dans la section correspondante</li>
<li>Point clé deux, développé plus loin</li>
</ul>
<h2>Pourquoi cela compte</h2>
<p>…</p>
Un problème qui dépasse le seul cas des résumés
Ce constat rejoint un problème plus large de tout contenu généré ou transformé automatiquement à partir d’un texte structuré : la structure ne se transmet jamais automatiquement, elle doit être explicitement demandée dans la consigne donnée à l’outil, puis vérifiée après coup. Un outil de synthèse qui produit un texte fluide et bien écrit peut très bien ignorer complètement la question de la hiérarchie, simplement parce que rien dans sa tâche ne l’y invite.
Conseil maison : traitez chaque résumé généré comme un nouveau contenu éditorial à part entière, avec sa propre relecture de structure, pas comme un simple sous-produit automatique de l’article original.
En résumé
La tentation de publier un résumé généré tel quel, sans y toucher, est compréhensible tant le gain de temps immédiat semble réel. Mais un contenu qui perd sa hiérarchie de titres et ses listes en cours de route perd aussi une partie de son public, celui qui navigue par la structure plutôt que par la lecture linéaire. Ajouter une relecture ciblée sur ce seul point, quelques minutes par article, suffit à éviter l’écueil.