100 000 pages non conformes, un audit RGAA déjà réalisé en amont, et une direction qui demande un plan de remédiation daté : ce chantier, mené sur un site institutionnel accumulant quinze ans de contenu, illustre une réalité que peu d’articles abordent frontalement. Corriger 100 000 pages une par une n’est ni réaliste ni souhaitable ; la seule stratégie viable consiste à raisonner par gabarit de mise en page, en acceptant que certains contenus anciens ne seront jamais retouchés individuellement.
Ce retour d’expérience ne revient pas sur l’audit initial, déjà mené par un prestataire spécialisé selon la méthodologie officielle. Il détaille la méthode de remédiation appliquée ensuite, ainsi que les compromis assumés face à un volume que personne dans l’équipe n’avait anticipé au moment de la commande de l’audit.
Cartographier les gabarits avant de corriger
La première étape n’a pas consisté à ouvrir le rapport d’audit, mais à cartographier les gabarits de rendu réellement utilisés sur le site : page d’actualité, fiche pratique, page de formulaire, page de résultats de recherche, page d’archive thématique, page d’accueil. Six gabarits couvraient à eux seuls plus de 90 % des 100 000 pages publiées. Cette cartographie a immédiatement recadré le chantier : corriger six gabarits plutôt que 100 000 pages.
Croiser le rapport d’audit avec cette cartographie

Chaque anomalie du rapport d’audit a ensuite été rattachée au gabarit dont elle provenait plutôt qu’à l’URL sur laquelle elle avait été détectée. Un contraste insuffisant sur les liens de la fiche pratique, corrigé une seule fois dans la feuille de style du gabarit, s’est ainsi répercuté automatiquement sur les dizaines de milliers de fiches existantes, sans qu’aucune d’entre elles n’ait été rouverte individuellement.
/* Correctif appliqué une seule fois au niveau du gabarit fiche-pratique.css */
.fiche-pratique a {
color: #0b4f8a; /* contraste 4.6:1 sur fond blanc, conforme WCAG AA */
text-decoration: underline;
}
Les anomalies qui résistent à cette logique
Certaines anomalies ne se résolvent pas au niveau du gabarit : un texte alternatif manquant sur une image insérée manuellement dans le corps d’un article, une hiérarchie de titres incohérente saisie par un rédacteur il y a huit ans. Ces anomalies « portées par le contenu » représentaient environ 15 % du rapport initial et ne peuvent être corrigées qu’article par article, ou acceptées comme dérogation documentée pour le contenu archivé jugé non prioritaire.
- Anomalies de gabarit : corrigées une fois, effet immédiat sur l’ensemble du volume concerné.
- Anomalies de contenu récent (moins de deux ans) : corrigées manuellement, en priorité.
- Anomalies de contenu ancien peu consulté : documentées en dérogation, avec justification.
Mesurer l’avancement sans se mentir
Le suivi d’avancement n’a pas été exprimé en « nombre de pages corrigées », un indicateur trompeur à cette échelle, mais en « nombre de gabarits mis en conformité » et en pourcentage du volume de pages couvert par ces gabarits. Cette bascule d’indicateur a changé la perception du chantier en interne : passer de six à cinq gabarits non conformes en un trimestre paraît un progrès modeste, mais représente en réalité la correction de dizaines de milliers de pages.
La déclaration d’accessibilité comme outil de transparence
La déclaration d’accessibilité publiée mentionne explicitement le contenu archivé comme non prioritaire, avec une date de réévaluation. Cette transparence, plutôt que de prétendre à une conformité totale illusoire, a été bien reçue par l’organisme de contrôle consulté en amont de la publication.
Ce que nous retenons de ce chantier
Face à un volume de contenu de cette ampleur, la tentation de vouloir tout corriger conduit à l’immobilisme : aucune équipe ne traite 100 000 pages une par une dans un délai raisonnable. Raisonner par gabarit, accepter une part de dérogation documentée sur le contenu ancien, et changer d’indicateur de suivi ont permis à ce chantier d’avancer concrètement, sans jamais prétendre à une conformité que le volume rendait de toute façon hors d’atteinte à court terme.