Une entreprise de services aux professionnels du bâtiment utilisait Weglot depuis trois ans pour la version anglaise de son site. Le service, basé sur une technologie de proxy qui traduit le contenu à la volée sans le stocker dans WordPress, avait bien fonctionné, mais le client souhaitait reprendre la main technique sur ses traductions : possibilité de les éditer directement en base, indépendance vis-à-vis d’un abonnement mensuel externe, et surtout, la volonté de faire traduire certaines pages par une agence spécialisée qui ne pouvait pas travailler dans l’interface propriétaire de Weglot.
Cet article ne revient pas sur l’évaluation initiale de Weglot, déjà couverte par ailleurs, mais raconte la migration réelle telle qu’elle s’est déroulée, avec ses difficultés propres à ce changement de paradigme technique : passer d’un système de traduction par proxy, où le contenu original reste unique et la traduction se fait à la volée côté serveur Weglot, à un système où chaque langue devient un contenu à part entière stocké dans la base WordPress.
Étape 1 : comprendre ce qu’il y avait réellement à migrer
La première difficulté a été de faire l’inventaire de ce qui existait vraiment côté Weglot. Le site comptait 210 pages en français, mais la version anglaise ne couvrait que 175 pages (certaines n’ayant jamais été traduites), pour un total de 1 240 segments de texte traduits enregistrés dans le tableau de bord Weglot. L’export a été réalisé via la fonctionnalité native d’export CSV de Weglot, disponible dans les formules payantes, donnant une liste appariant chaque segment source à sa traduction anglaise.
Étape 2 : installer WPML et cartographier le contenu existant

Avant tout import, il a fallu installer WPML et configurer les langues (français comme langue par défaut, anglais comme seconde langue), puis dupliquer les 175 pages ayant une traduction anglaise chez Weglot vers de vraies pages WordPress en anglais, liées à leur original français via le mécanisme de traduction natif de WPML :
wp wpml duplicate-content --post_type=page --lang=en --source-lang=fr
Cette commande crée pour chaque page française une copie en langue anglaise, vide de traduction réelle à ce stade, mais correctement reliée dans la table icl_translations. C’est cette structure qui a ensuite servi de réceptacle aux traductions importées depuis l’export Weglot.
Étape 3 : réinjecter les traductions depuis l’export CSV
L’export Weglot fournissait des segments de texte bruts, sans notion de bloc Gutenberg ni de structure HTML complète : un titre, un paragraphe, un libellé de bouton, chacun sur sa propre ligne. Réinjecter ces segments directement dans le contenu structuré des pages a nécessité un script de correspondance, développé sur mesure pour ce projet, qui parcourait chaque bloc Gutenberg de la page anglaise nouvellement créée et cherchait le segment source correspondant dans l’export :
$blocs = parse_blocks( get_post_field( 'post_content', $id_page_source ) );
foreach ( $blocs as $bloc ) {
if ( 'core/paragraph' !== $bloc['blockName'] ) {
continue;
}
$texte_source = wp_strip_all_tags( $bloc['innerHTML'] );
$traduction = $correspondances[ trim( $texte_source ) ] ?? null;
if ( $traduction ) {
// Remplacement dans le contenu de la page anglaise
}
}
Cette approche a fonctionné pour environ 85 % des segments. Les 15 % restants correspondaient à des textes légèrement reformulés côté français depuis la traduction initiale par Weglot (le contenu source ayant évolué sans que la traduction proxy ne s’en trouve désynchronisée, puisque Weglot retraduit automatiquement tout changement non validé manuellement). Ces segments ont été traités manuellement par un traducteur, en s’appuyant sur l’ancienne traduction Weglot comme base de travail plutôt qu’en repartant de zéro.
Étape 4 : gérer la bascule SEO
Le point le plus sensible de cette migration a été la structure d’URL. Weglot générait des URLs du type site.fr/en/nos-services/, en sous-dossier de langue, tandis que la configuration WPML retenue reprenait le même schéma pour ne pas perturber le référencement acquis. Un contrôle systématique des redirections a néanmoins été nécessaire, Weglot gérant en interne certaines variantes d’URL (avec ou sans slash final, gestion de la casse) que WPML ne traite pas nécessairement de façon identique par défaut.
- Export de toutes les URLs anglaises indexées via Google Search Console avant coupure de Weglot ;
- Vérification page par page que l’URL WPML correspondante répond bien en 200, sans redirection intermédiaire inutile ;
- Mise en place de redirections 301 ciblées pour les rares URLs ayant changé de structure entre les deux systèmes ;
- Suivi du taux d’indexation anglais dans Search Console pendant les six semaines suivant la bascule.
Notre verdict
La migration s’est achevée sans perte de trafic mesurable sur la version anglaise, mais elle a représenté un travail bien plus important qu’une simple installation de plugin : cartographie du contenu, script de correspondance sur mesure, contrôle SEO fin. Pour une agence envisageant ce type de migration, mieux vaut budgétiser large dès le départ : le coût réel se situe presque entièrement dans le rapprochement contenu par contenu, pas dans la configuration technique de WPML elle-même.