Une agence partenaire, qui avait construit l’année précédente un workflow interne connectant WordPress à l’API DeepL pour pré-traduire ses articles avant relecture humaine, nous a posé une question simple en apparence : « Est-ce que l’API Google Cloud Translation ferait mieux, pour le même usage ? ». La question méritait un test rigoureux plutôt qu’une réponse d’intuition, d’autant que les deux services communiquent des argumentaires de qualité difficilement vérifiables sans essai concret.
Nous avons donc soumis un corpus identique de quarante articles de blog, couvrant douze langues, aux deux API, avec le même texte source en français, puis fait évaluer les résultats par un traducteur professionnel pour chaque langue, sans lui indiquer quelle traduction provenait de quel service.
Le protocole de comparaison
Le corpus retenu mêlait volontairement des articles techniques (contenant du vocabulaire WordPress, des noms de fonctions, des instructions pas à pas) et des articles plus éditoriaux, avec un ton plus travaillé et quelques tournures idiomatiques. L’appel aux deux API s’est fait avec une configuration comparable :
# Appel API DeepL
curl https://api.deepl.com/v2/translate \
-H "Authorization: DeepL-Auth-Key VOTRE_CLE" \
-d "text=Le hook wp_enqueue_scripts permet d'ajouter proprement un script." \
-d "source_lang=FR" -d "target_lang=EN"
# Appel API Google Cloud Translation
curl -X POST -H "Authorization: Bearer VOTRE_TOKEN" \
-H "Content-Type: application/json; charset=utf-8" \
-d '{"q": "Le hook wp_enqueue_scripts permet d'"'"'ajouter proprement un script.", "source": "fr", "target": "en"}' \
"https://translation.googleapis.com/language/translate/v2"
Chaque traduction a ensuite été notée par un traducteur professionnel de la langue cible sur trois critères : fidélité au sens, naturel de la formulation, et exactitude du vocabulaire technique.
Résultats sur le contenu éditorial soigné

Sur les articles au ton travaillé, DeepL est ressorti systématiquement mieux noté sur le critère du naturel de la formulation, en particulier vers l’allemand, l’espagnol et le néerlandais. Les tournures produites demandaient nettement moins de retouches de la part du relecteur humain pour sonner naturelles, avec un nombre moyen de corrections par article inférieur d’environ un tiers à celui observé sur les traductions Google Cloud pour ce même type de contenu.
Sur le vocabulaire technique WordPress en revanche (noms de hooks, termes comme « permalien » ou « transient »), les deux services ont montré des faiblesses comparables : aucun des deux ne traduit correctement par défaut un terme comme « transient » dans son sens spécifique à l’API WordPress, les deux produisant une traduction littérale erronée qu’un glossaire personnalisé reste nécessaire pour corriger.
Résultats sur les langues moins courantes
Sur deux langues du corpus moins représentées dans les workflows habituels de l’agence (le polonais et le finnois), l’écart s’est inversé : Google Cloud Translation a produit des traductions jugées plus fiables et globalement mieux notées par les relecteurs, DeepL couvrant historiquement un nombre de langues plus restreint et montrant, sur ces deux langues précises, davantage d’approximations sur les tournures.
Tableau de synthèse du test
| Critère | API DeepL | API Google Cloud Translation |
|---|---|---|
| Naturel sur contenu éditorial soigné | Nettement meilleur, moins de retouches | Correct mais plus littéral |
| Vocabulaire technique WordPress | Faible sans glossaire personnalisé | Faible sans glossaire personnalisé |
| Couverture de langues rares testées | Moins bon sur polonais et finnois | Meilleur sur ces deux langues |
| Nombre de langues disponibles au total | Plus restreint historiquement | Plus large |
| Facilité d’intégration à un workflow existant | API simple, bien documentée | API plus riche mais plus complexe à configurer |
Ce que cela change pour un workflow d’agence
Pour cette agence, dont l’essentiel des projets multilingues couvre l’anglais, l’allemand, l’espagnol et le néerlandais — des langues où DeepL a montré un avantage net sur le naturel — conserver le workflow existant bâti sur DeepL reste le choix le plus rationnel. Nous avons recommandé de ne basculer vers Google Cloud Translation qu’au cas par cas, pour les projets ponctuels nécessitant une langue hors du périmètre confortable de DeepL, plutôt que de migrer l’ensemble du workflow pour un gain marginal sur les langues habituelles.
Changer d’API de traduction automatique pour un gain de qualité de quelques points sur des langues déjà bien couvertes coûte souvent plus cher, en temps de réintégration, que le gain lui-même ne le justifie.
Ce que cet article ne traite pas
La construction du workflow maison connectant WordPress à l’API DeepL elle-même, avec sa file d’attente de traduction et son interface de relecture, a été détaillée dans un article précédent et n’est pas reprise ici : ce test se limite à la comparaison de qualité brute entre les deux API sur un corpus identique.
Notre verdict
Aucune des deux API n’est universellement supérieure : DeepL l’emporte nettement sur le naturel de la formulation en langues européennes courantes, Google Cloud Translation reprend l’avantage sur la couverture de langues moins fréquentes. Le bon choix dépend donc directement du portefeuille de langues réellement traité par l’agence, plus que d’un classement général de qualité.