Chaque mois, le plugin Gutenberg publie de nouvelles versions, parfois toutes les deux semaines, avec des changements qui touchent directement à ce futur éditeur de site dont tout le monde parle sans que personne, en agence, ne sache encore vraiment quand le proposer à un client. Nous avons fini par structurer une petite méthode de veille pour ne pas nous laisser déborder.
Cette méthode ne demande aucun outil sophistiqué : un environnement local, une discipline de mise à jour régulière, et surtout un espace pour consigner ce que l’on observe. C’est ce dernier point qui, avec le recul, a le plus changé notre rapport à ces fonctionnalités expérimentales.
Un environnement de test qui ne sert qu’à ça
Nous avons dédié une installation WordPress locale exclusivement à ces essais, jamais partagée avec un projet client, jamais utilisée comme base de démonstration commerciale. Cette séparation stricte évite la tentation de montrer une fonctionnalité encore instable à un prospect impatient de voir du concret.
Sur cette installation, le plugin Gutenberg est mis à jour presque à chaque nouvelle version publiée, ce qui suppose d’accepter que certains essais précédents cassent du jour au lendemain. C’est justement ce qui nous intéresse : observer où se situent les points de rupture, plutôt que de figer un état qui ne reflète plus la réalité du projet quelques semaines plus tard.
Une grille de critères simple pour trancher
Face à une fonctionnalité expérimentale, nous nous posons systématiquement trois questions avant d’envisager d’en parler à un client : peut-on revenir en arrière sans perte de contenu si elle est retirée demain ? Existe-t-il une alternative stable équivalente en thème classique ? Le gain visible pour l’utilisateur final justifie-t-il le risque pris en interne ?

Cette grille tient sur une seule page de notes partagées, mais elle nous a évité plusieurs fois de proposer une fonctionnalité séduisante en démonstration interne, avant de réaliser qu’elle ne survivait pas à la mise à jour suivante du plugin. Le cas le plus marquant reste un essai de gabarit de site entièrement composé de blocs, disparu sans avertissement après une mise à jour mineure.
Centraliser les retours plutôt que les laisser se perdre
- Un canal de discussion interne dédié uniquement à ces essais, séparé des discussions de projets en cours.
- Une note datée à chaque test, avec la version exacte du plugin utilisée, pour pouvoir reproduire ou invalider une observation plus tard.
- Une capture d’écran systématique de tout comportement surprenant, positif comme négatif, avant qu’il ne soit écrasé par la version suivante.
Cette discipline, un peu fastidieuse au départ, a fini par constituer une véritable mémoire collective. Quand un développeur rejoint l’équipe, il peut relire des mois d’observations avant de se faire son propre avis, plutôt que de repartir de zéro.
Ce que cette veille nous a déjà appris
Nous avons ainsi identifié plusieurs fonctionnalités qui, bien qu’annoncées avec enthousiasme, ont changé de nom, de comportement ou ont carrément disparu en quelques mois. À l’inverse, certains blocs isolés, comme ceux liés au logo ou au titre du site, se sont révélés étonnamment stables depuis leur apparition.
Notre règle interne tient en une phrase : on ne propose à un client que ce que l’on a vu survivre à au moins trois mises à jour consécutives du plugin.
Notre verdict pour l’instant
À ce stade, aucune fonctionnalité liée à l’éditeur de site complet ne nous semble encore assez mature pour un projet client standard. Mais cette veille structurée nous permet d’être prêts le jour où la bascule aura lieu, sans partir de zéro ni céder à la panique.
Cette organisation a aussi un effet secondaire que nous n’avions pas anticipé au départ : elle rassure les commerciaux de l’agence, qui disposent désormais d’arguments concrets à opposer à un prospect séduit par une démonstration vue ailleurs, sur un site pas forcément représentatif d’un usage réel en production.
Nous continuerons ce suivi bimensuel aussi longtemps que nécessaire, avec la conviction que la meilleure préparation reste l’observation patiente, loin des annonces trop optimistes que l’on peut lire ici ou là.