Un audit RGAA mené sur une page institutionnelle peu fréquentée et un audit mené sur un portail public à fort trafic ne relèvent presque jamais les mêmes erreurs — c’est la première leçon tirée de cinq années d’audits successifs sur des blocs Gutenberg personnalisés livrés à des collectivités territoriales. La complexité d’un composant, pas son ancienneté, prédit le mieux son taux d’échec en audit.
Ce bilan ne prétend pas remplacer un tutoriel RGAA complet ni détailler les obligations légales qui encadrent l’accessibilité numérique du secteur public (schéma pluriannuel, déclaration d’accessibilité) : il porte uniquement sur les motifs techniques récurrents relevés sur des blocs personnalisés, sur une quinzaine de projets audités entre 2021 et 2026.
Les trois familles d’erreurs qui concentrent l’essentiel des non-conformités
Sur l’ensemble des non-conformités relevées lors de ces audits, 62 % se concentrent sur trois familles de blocs seulement : les composants de navigation par onglets, les carrousels d’images ou de contenus, et les formulaires personnalisés avec validation en temps réel. Les blocs de contenu statique (paragraphes, titres, citations) ne représentent, à l’inverse, qu’une part marginale des relevés, ce qui confirme que le risque RGAA suit la complexité d’interaction, pas le volume de contenu.
Le carrousel, toujours en tête des recalés
Le carrousel reste, année après année, le composant le plus souvent recalé en audit, pour des raisons stables : absence de pause au survol clavier, défilement automatique non désactivable, indicateurs de position non annoncés aux lecteurs d’écran. Ce constat n’a pratiquement pas évolué en cinq ans, alors même que les recommandations pour le corriger sont connues et documentées depuis longtemps.
- Bouton pause/lecture systématiquement absent ou insuffisamment visible sur les premiers projets audités.
- Défilement automatique désactivé par défaut sur les projets les plus récents, un progrès net depuis 2023.
- Indicateurs de position (points de pagination) rarement annoncés correctement en dehors du contenu visuel.
Ce qui s’est réellement amélioré depuis 2021

Tout n’a pas stagné. La gestion du focus visible s’est nettement améliorée sur les blocs les plus récents, portée par une meilleure connaissance des exigences de contraste et par l’usage plus systématique de :focus-visible plutôt que la suppression pure et simple du contour de focus natif, pratique encore fréquente sur les premiers projets audités en 2021 et 2022.
| Point de contrôle | Taux de conformité 2021 | Taux de conformité 2026 |
|---|---|---|
| Focus visible et contrasté | Environ 40 % | Environ 85 % |
| Carrousel pausable au clavier | Environ 20 % | Environ 55 % |
| Formulaire avec erreurs annoncées en ARIA | Environ 30 % | Environ 70 % |
Les correctifs les moins coûteux, toujours oubliés
Le point le plus frustrant de ce bilan tient dans l’écart entre le coût de correction et la fréquence du problème : les non-conformités les plus simples à corriger (attribut alt vide sur une image décorative, libellé de bouton générique « en savoir plus » répété sans contexte, ordre de tabulation incohérent après un réagencement CSS) restent parmi les plus fréquemment relevées, alors qu’elles demandent souvent moins de dix minutes de correction une fois identifiées.
Ce que ce bilan change dans la méthode de développement
Depuis 2024, chaque nouveau bloc personnalisé livré à une collectivité passe par une checklist interne de douze points avant recette, directement issue des motifs récurrents relevés dans ces audits. Cette checklist n’a rien d’exhaustif au regard du RGAA complet, mais elle couvre les points qui, statistiquement, expliquent la majorité des non-conformités observées sur ce type de composants.
Un audit RGAA ne révèle presque jamais une surprise : il confirme, projet après projet, les mêmes trois ou quatre familles d’erreurs qu’on savait déjà devoir corriger.
Notre verdict
Cinq ans d’audits RGAA sur des blocs personnalisés livrés au secteur public confirment une régularité frappante : la complexité d’interaction, bien plus que l’ancienneté du code, prédit le taux de non-conformité d’un composant. Concentrer l’effort de conception accessible sur les carrousels, les onglets et les formulaires dynamiques couvre, à elle seule, la majorité du risque relevé en audit sur ce type de projets.