Après plusieurs mois d’essais informels sur l’éditeur de site du plugin Gutenberg, encore marqué comme fonctionnalité bêta en cette fin d’année 2021, notre agence a ressenti le besoin de formaliser une vraie grille de décision. Trop de discussions internes tournaient en rond, chacun défendant sa propre impression plutôt qu’un critère partagé.
Cette grille ne prétend pas être scientifique. Elle sert avant tout à objectiver un débat qui, sans elle, reposait uniquement sur l’enthousiasme ou la prudence naturelle de chaque développeur consulté. Voici les cinq critères que nous avons retenus, avec la méthode de notation associée.
Critère 1 : la stabilité observée sur nos environnements de test
Nous notons de 1 à 3 la fréquence des régressions constatées sur nos essais internes depuis trois mois : 1 point si une fonctionnalité change de comportement à chaque mise à jour du plugin, 3 points si elle est restée stable sur au moins trois versions consécutives. Ce critère, à lui seul, a déjà écarté plusieurs idées séduisantes mais trop jeunes.
Sur cette base, la gestion des template parts obtient aujourd’hui 2 points : globalement stable, mais avec un comportement de verrouillage qui a évolué deux fois en quelques mois, comme nous l’avons documenté sur un chantier précédent.
Critère 2 : l’existence d’une voie de secours en thème classique
Si une fonctionnalité venait à disparaître ou à changer radicalement, existe-t-il un moyen de revenir à un thème PHP classique sans perte de contenu majeure ? Ce critère pèse lourd dans notre grille, car il conditionne notre capacité à rassurer un client sur le risque réel pris.
Critère 3 : la compatibilité avec l’écosystème d’extensions du client
- Le client utilise-t-il des extensions connues pour leur bonne compatibilité annoncée avec les thèmes blocs ?
- Existe-t-il une alternative testée en interne pour chaque extension incompatible identifiée ?
- Le budget du projet permet-il d’absorber un correctif CSS ou fonctionnel imprévu sur une extension tierce ?

Critère 4 : le niveau d’autonomie réellement recherché par le client
Un client qui ne modifiera jamais lui-même son site n’a pas besoin de l’éditeur de site pour la seule promesse d’autonomie éditoriale. Ce critère nous a permis de refuser, avec de bons arguments, une proposition commerciale interne qui poussait cette fonctionnalité sur un projet où elle n’apportait strictement aucun bénéfice réel au client final.
À l’inverse, un client qui veut composer lui-même ses pages d’atterrissage sans dépendre d’un développeur pour chaque modification voit ce critère grimper naturellement à 3 points, renforçant l’intérêt du choix malgré les risques identifiés par ailleurs.
Critère 5 : le délai avant la sortie stable annoncée
Les échanges publics autour du projet laissent entendre une stabilisation dans le cœur de WordPress au cours de l’année prochaine. Plus cette échéance semble proche et crédible, plus nous acceptons de prendre un risque mesuré aujourd’hui, en anticipant une bascule rapide vers une base stable dans les mois suivants.
Une grille de décision ne remplace jamais le jugement humain, elle l’oblige simplement à s’exprimer avec des arguments plutôt qu’avec des impressions.
Comment nous utilisons cette grille au quotidien
Chaque critère est noté collectivement, en réunion technique, jamais par une seule personne isolée. Un total inférieur à neuf points sur quinze possibles écarte automatiquement la proposition pour le projet en question, sans discussion supplémentaire. Entre neuf et douze, la décision reste ouverte et discutée au cas par cas. Au-delà de douze, nous proposons la fonctionnalité sans réserve particulière.
Cette grille sera revue à chaque sortie majeure du plugin Gutenberg, et probablement réécrite en profondeur le jour où l’éditeur de site sera officiellement intégré au cœur de WordPress, ce qui changera fondamentalement la nature du risque évalué.
En résumé
Formaliser une grille, même imparfaite, a mis fin à des débats internes stériles et a donné à notre équipe commerciale un langage clair pour expliquer nos choix aux clients. C’est peut-être le bénéfice le plus concret de cette démarche, bien avant la précision réelle des points attribués.