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Gutenberg en mode site complet : que peut-on déjà faire avec le FSE expérimental ?

Le plugin Gutenberg cache une fonctionnalité expérimentale de Full Site Editing. Tour d'horizon de ce qu'on peut tester dès aujourd'hui, et de ce qui casse encore.

Par Clément Hadrot • 16 février 2021 • 6 min de lecture • Aucun commentaire
Gutenberg en mode site complet : que peut-on déjà faire avec le FSE expérimental ?

Depuis quelques versions, le plugin Gutenberg ne se contente plus de gérer le contenu des articles et des pages. Une fonctionnalité cachée derrière un réglage expérimental permet d’éditer des templates entiers : l’en-tête, le pied de page, et à terme la structure complète d’un site. On appelle ça le Full Site Editing, ou FSE pour les intimes.

Rien de tout cela n’est stable, rien de tout cela n’est documenté correctement, et il faut bricoler pour seulement afficher les bons menus. Mais c’est exactement pour ça que ça vaut le coup d’y regarder de près dès maintenant : comprendre où va WordPress avant que tout le monde s’y mette permet d’anticiper les choix d’architecture à venir sur les thèmes que vous développez aujourd’hui.

Activer le mode expérimental

Par défaut, l’édition de site est invisible. Il faut installer la dernière version du plugin Gutenberg (pas la version embarquée dans le cœur de WordPress, qui reste plus conservatrice) et activer manuellement le flag correspondant. Deux méthodes coexistent selon la version testée :

  • Cocher l’option dans les réglages expérimentaux du plugin, sous Réglages > Gutenberg > Expérimental ;
  • Ou définir la constante WP_DEBUG combinée à un filtre côté thème, sur certaines versions plus anciennes du plugin.

Une fois le flag actif, un nouvel item de menu apparaît : Apparence > Éditeur de site. C’est le point d’entrée de tout ce qui suit, mais attention : il ne fonctionne correctement qu’avec un thème compatible, ce qui réduit sérieusement le terrain de jeu.

L'essentiel à retenir : Flag __experimental-full-site-editing à activer manuellement ; Édition de templates directement dans l'éditeur de blocs ; TT1 Blocks, premier thème-bloc pour expérimenter

Ce qu’on peut réellement tester aujourd’hui

L’éditeur de site expérimental ouvre une interface qui ressemble à s’y méprendre à l’éditeur d’articles classique, sauf que le contenu édité n’est plus un article : c’est un template. On y retrouve la même colonne de blocs, le même inserter, la même barre latérale de réglages.

Concrètement, voici ce qui fonctionne, avec plus ou moins de stabilité :

  • Éditer le template index d’un thème-bloc directement depuis l’interface, bloc par bloc ;
  • Insérer des blocs spécifiques au FSE, comme le bloc Contenu de l’article (Post Content), qui affiche dynamiquement le contenu de chaque article selon le contexte ;
  • Modifier les gabarits d’en-tête et de pied de page de façon isolée, quand le thème les expose ;
  • Naviguer entre les différents templates disponibles via un sélecteur encore assez rudimentaire.

La navigation entre templates plante régulièrement, les sauvegardes ne sont pas toujours fiables, et il n’est pas rare de devoir recharger la page après une modification pour vérifier qu’elle a bien été enregistrée. On teste, on ne produit pas encore.

Les blocs de template, brique de base du FSE

La nouveauté technique la plus structurante, ce sont les blocs de template. Contrairement aux blocs classiques qui affichent du contenu statique ou dynamique lié à un article, ces blocs représentent des zones du thème lui-même. On y trouve notamment :

  • core/post-title : affiche le titre de l’article ou de la page en cours ;
  • core/post-content : affiche le contenu de l’article en cours, à la place de la boucle WordPress classique ;
  • core/site-title et core/site-tagline : affichent le nom et le slogan du site, habituellement gérés via bloginfo() ;
  • core/query : un bloc encore très expérimental destiné à remplacer les boucles personnalisées basées sur WP_Query.

L’idée est radicale pour qui a l’habitude du PHP templating classique : plutôt que d’écrire des fichiers single.php ou index.php avec des appels à the_content() ou the_title(), on assemble visuellement ces mêmes zones à coups de blocs. Le HTML final reste proche, mais la source de vérité change complètement de nature.

TT1 Blocks, le premier thème-bloc pour tester

Pour explorer le FSE sans tout coder soi-même, l’équipe de WordPress a publié TT1 Blocks, une version entièrement en blocs du thème Twenty Twenty-One. Ce thème expérimental n’est pas destiné à la production : il sert de terrain de jeu officiel pour tester l’édition de site.

Sa structure de fichiers surprend au premier abord. Au lieu des templates PHP habituels, on trouve un dossier contenant des fichiers HTML, chacun représentant un template ou une partie de template, avec des commentaires de blocs Gutenberg à l’intérieur :

<!-- wp:template-part {"slug":"header","theme":"tt1-blocks"} /-->

<!-- wp:group -->
<div class="wp-block-group">
    <!-- wp:post-title /-->
    <!-- wp:post-content /-->
</div>
<!-- /wp:group -->

<!-- wp:template-part {"slug":"footer","theme":"tt1-blocks"} /-->

Ce format n’est pas encore stabilisé, il n’existe pas de convention officielle de dossiers, et rien ne garantit que la syntaxe restera identique dans les prochaines versions. Mais c’est la meilleure référence disponible aujourd’hui pour comprendre à quoi pourrait ressembler un thème de blocs complet.

Sur les projets clients actuels, mieux vaut rester sur des thèmes classiques ou hybrides. Réservez le FSE expérimental à un environnement de test isolé, jamais à un site en production : les changements de structure entre deux versions du plugin peuvent tout simplement casser un site existant.

Limites et instabilités à connaître

Avant de vous lancer, quelques points de vigilance s’imposent. Le FSE expérimental reste un chantier ouvert, et plusieurs aspects ne sont clairement pas prêts :

  • L’interface change d’une version de Gutenberg à l’autre, parfois radicalement, sans notes de version détaillées ;
  • Certains navigateurs affichent des comportements différents dans l’éditeur de site, notamment sur la gestion du focus entre blocs imbriqués ;
  • La compatibilité avec les extensions tierces (constructeurs de pages, champs personnalisés) est quasiment inexistante ;
  • Les performances de l’éditeur se dégradent nettement sur des templates comportant beaucoup de blocs imbriqués.

Il faut aussi garder à l’esprit que cette fonctionnalité n’a, à ce jour, aucune date de sortie officielle confirmée dans le cœur de WordPress. Les discussions sur le Make WordPress Core évoquent une intégration progressive sur plusieurs versions majeures, mais rien n’est gravé dans le marbre.

En résumé

Le Full Site Editing expérimental de Gutenberg n’est pas encore un outil de production, loin de là. C’est en revanche un excellent laboratoire pour comprendre la direction que prend WordPress : des templates composés de blocs plutôt que de PHP, une frontière de plus en plus fine entre contenu et structure, et un éditeur unique pour tout gérer.

Si vous développez des thèmes aujourd’hui, l’intérêt n’est pas de migrer immédiatement vers cette approche, mais de commencer à structurer votre code pour qu’il reste adaptable. Suivre l’évolution de TT1 Blocks et des blocs de template reste, à ce stade, le meilleur moyen de ne pas être pris de court le jour où cette fonctionnalité sortira officiellement du statut expérimental.

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À propos de l'auteur

Clément Hadrot

Développeur WordPress, passionné par Elementor, le FSE et l’automatisation par IA.

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